TEXTES

    Intensités sensorielles
    Laure Jaumouillé
    _Critique d’art

    Revue Laura 21 / AVRIL 2016

    L’œuvre de Magali Sanheira trouve son origine dans un désir qui vient du corps, celui de toucher, de manipuler des matériaux, mais aussi d’expérimenter diverses formes de perceptions. Selon un système de correspondances sensorielles, l’artiste produit la rencontre entre les régimes du visuel et de l’acoustique. Audiophile, c’est la musique qui l’a conduite à la création artistique. Celle-ci élabore des formes délicates et pourtant souterraines, des agencements empreints de tendresse mais aussi d’allusions poétiques et mythologiques.

    En collaboration avec Gaël Angelis, Magali Sanheira met en œuvre le duo musical « Carbon Sink ». Explorant les résonances de la matière, les deux musiciens mettent à l’épreuve différents matériaux selon une instrumentation protéiforme. Inspirés par un imaginaire de la fin des temps, ces derniers tendent vers des environnements sonores immersifs, produisant une multitude de perceptions aux accents psychédéliques. La pratique musicale de Magali Sanheira est imprégnée de différentes influences, celle de la musique concrète et électroacoustique initiée par Pierre Schaeffer, mais aussi celle de la musique industrielle qui apparaît au milieu des années 1970. On trouve parmi les sources de l’œuvre de Magali Sanheira l’héritage de la musique Noise et les croisements que ce courant entretient avec l’histoire de l’art.

    L’artiste développe en outre une pratique sculpturale caractérisée par la mise en tension d’éléments fragiles et raffinés qu’elle manipule avec soin, tout en élaborant un système de références sous-jacentes. Le plus souvent, ses œuvres sont issues de la rencontre fortuite avec des objets abandonnés auxquels elle voue une attention particulière. Antigone (2004), l’une des premières installations de Magali Sanheira, est constituée d’un papier tendu sur châssis sur lequel une étoile apparaît progressivement sous l’effet d’une projection lumineuse. On y observe l’émergence progressive d’une scène de tragédie, celle-ci accueillant Antigone, debout, seule face au monde, face à Créon, toute pleine de la conscience de la mort à laquelle elle se voit destinée. L’œuvre apparaît comme le réceptacle du drame à venir, celui qui conduit Antigone à sa fin irréductible. Cet imaginaire issu de l’antiquité trouve des prolongements au fil des sculptures élaborées par l’artiste.

    Médée, ou la part logique de la passion (2005) se compose de trois tables aux formes destinées à s’imbriquer les unes dans les autres. Ornées de dentelle noire, leurs bordures convoquent un imaginaire érotique et cruel. Tandis que l’artiste se réfère au personnage mythologique de Médée, la séparation des tables évoque la rupture du lien rattachant celle-ci à la figure de Jason. Nous voici sur la voie d’une autre sculpture de Magali Sanheira. En 2005, celle-ci réalise une œuvre conçue comme le portrait de l’une des trois Gorgones de la mythologie grecque, Euryale. Oscillant entre bouclier et médaillon, une plaque d’acier se trouve suspendue de manière à ce que sa pointe touche le sol, point à partir duquel du sang s’écoule lentement. Emblème des déformations de la psyché, la gorgone se révèle être une créature fantastique et malfaisante. La folie érotique et meurtrière d’Euryale laisse bientôt place à un monde pétrifié.

    Avec Survivance (2009), Magali Sanheira semble faire allusion à un environnement déserté par l’homme, lieu d’une célébration de la fin des temps. Une surface de béton noir se trouve associée à un miroir, tandis qu’un circuit électronique agissant comme un capteur induit un système par lequel le son contrôle la lumière. Selon les mots de l’artiste, nous voici en présence avec « des bruits d’insectes, d’oiseaux, de pluie, et des ultrasons convertis de chauves-souris provenant de la forêt Amazonienne ». Le scintillement d’une lumière noire y apparaît comme la seule trace d’une survivance humaine possible : quel est l’horizon de notre avenir terrestre ? Toute réponse à cette interrogation reste en suspens. En 2012, l’artiste réalise une œuvre constituée d’un crâne humain accroché au mur dans un rectangle de laque blanche, dont l’intérieur est recouvert de feuilles d’or. Intitulée We were hungry before we were born, celle-ci est apparentée à une vanité, ouvrant la voie à une pensée existentielle, une rêverie sur la finitude de notre existence, rehaussée d’un raffinement qui évoque, malgré tout, la continuité d’une vie humaine.

    Le questionnement ontologique qui sous-tend la pratique de Magali Sanheira trouve un prolongement dans une inspiration que l’on pourrait assimiler à une quête d’éternité. Fleur bleue et rose blanche (2013) associe la forme d’un Ikebana japonais à la rencontre entre deux récits ; celui de la « Rose Blanche » des résistants munichois au régime nazi, et celui du personnage Heinrich von Ofterdingen, protagoniste du roman inachevé de Novalis. Cet emblème du romantisme allemand, associé à celui de la résistance suicidaire de Sophie Scholl ouvre un imaginaire binaire. La fleur bleue et la rose blanche – réunies par l’aiguille de l’ikebana – y apparaissent sous la forme d’une superposition de différentes temporalités, unifiées par la recherche d’un absolu.

    L’œuvre de Magali Sanheira est habitée par le développement d’une multitude d’expériences sonores, donnant lieu à l’émergence des notions de « dessin, de sculpture et d’exposition amplifiés ». Les formes plastiques émergent parallèlement à l’expérimentation de leurs qualités sonores. L’artiste installe des micros à l’intérieur des cimaises de l’espace qui l’accueille, invitant le spectateur à percevoir la dimension visuelle de l’exposition et, de manière simultanée, son équivalent sonore. L’œuvre intitulée A travers elle (2010) se compose d’une lame de scie circulaire, reproduite à grande échelle et installée au travers d’une cimaise inclinée. L’environnement acoustique de l’objet se trouve amplifié pour être diffusé en direct dans le lieu d’exposition. Magali Sanheira rend hommage à cet outil tout comme au paysage industriel dont elle l’a extrait. Emancipé de sa fonction originelle, la lame de scie induit le sentiment d’une violence mais aussi d’un trouble sensoriel, accentué par l’inclinaison du mur qui la porte.

    Une série de dessins datant de 2014 se trouvent réunis sous le titre Nature Amplifiée. Réalisés à partir d’éléments naturels, ces derniers convoquent des feuilles d’arbres ou des écorces, tandis que l’artiste y ajoute des éléments à l’aide d’encre et d’aquarelle. La spécificité de ces œuvres réside dans l’enregistrement des sons de leur réalisation. Portant un casque, l’artiste effectue ces dessins dans un état d’immersion, plongée dans une réalité tout à la fois visuelle et sonore. Une fois achevées, ces œuvres « amplifiées » révèlent leur réalité graphique, associée au son de leur réalisation. Cette caractéristique majeure de la pratique de Magali Sanheira trouve une extension dans de nombreuses œuvres à venir.

    Depuis 2010 et jusqu’à aujourd’hui, l’artiste développe un processus créatif intitulé Making Circle. La première occurrence de ce procédé apparaît comme un objet vidéo. Debout face à une cimaise, Magali Sanheira trace de manière répétitive un cercle au charbon dont la forme d’abord épaissie s’amenuise, à la manière d’un voyage à rebours dans le temps de l’action. Le son de l’intervention, retranscrit de manière simultanée, tient une place centrale dans la perception de l’œuvre. Par la suite, Making Circle prendra la forme d’une performance, dont l’enregistrement sonore perpétue l’évènement par sa diffusion dans l’espace, tandis que la poussière de charbon accumulée au sol tient lieu de trace de l’intervention originelle. Evoquant une matérialisation de l’infini, la sphère de charbon rejoint aussi la pensée de l’absurde caractéristique du Mythe de Sisyphe tel que dépeint par Camus. L’œuvre invite à un questionnement existentiel, entre quête d’absolu et conscience d’une certaine vanité de l’existence. La rencontre entre forme visuelle et résonance musicale se décline par la suite selon différents protocoles.

    Magali Sanheira développe en outre une œuvre vidéo associant un corpus d’images à leurs répercussions sonores. Ode au métal (2011), réalisé en collaboration avec Gaël Angelis, est inspirée par une citation de l’architecte Jacques Kalisz1. Les deux artistes recueillent des éléments visuels et sonores issus de l’ancienne école d’architecture de Nanterre : murs, toits, sols, charpentes, vitres… Dans le prolongement de ses œuvres précédentes, Magali Sanheira met en œuvre une « architecture amplifiée ». En résulte une expérience bruitiste singulière, au croisement entre musique organique, concrète et industrielle, associée à une déambulation au travers des ruines de ce bâtiment délaissé.

    Comme nous l’avons décrit plus haut, Magali Sanheira n’hésite pas à s’emparer de matériaux divers : une plaque d’acier, une surface de béton, l’aiguille d’un ikebana japonais, une lame de scie, un châssis, ou bien même une structure architecturale… En 2013, celle-ci nous invite à la contemplation du tremblement d’une simple goutte d’eau sur une feuille de songe. On comprend bientôt que le vacillement de celle-ci est produit par une enceinte diffusant le son d’un « boukan comorien », chant caractéristique de l’île de la Réunion. Par une intervention minimale, Magali Sanheira orchestre le tremblement d’un élément quasi imperceptible, dont la présence n’est pourtant pas anodine. Associant une vibration sonore à la fragilité d’une goutte d’eau, l’artiste semble vouloir célébrer l’infime tout comme les conditions précaires de notre existence.

    Au travers de sa pratique artistique, Magali Sanheira met en place un système d’articulation entre manipulations tactiles, expériences visuelles et perceptions sonores. Le mouvement de son corps se trouve mis au service d’une répartition entre le visible et l’invisible, le bruit et le silence. Dans l’œuvre de Magali Sanheira, le régime du sensible se trouve habité par une présence hétérogène, selon une multiplicité sensorielle qui devient bientôt étrangère à elle-même. Tandis que la mimesis traverse le champ du visuel pour atteindre celui du son, l’artiste instaure une tension entre la chose muette et la déclinaison de ses facettes musicales. En résulte une multitude d’intensités sensibles, tout comme le réagencement des rapports entre ce que l’on voit et ce que l’on entend. Selon les mots d’Etienne Souriau, « toute œuvre pose un monde », et ce monde instauré « renvoie à l’acte qui le constitue »2. Ainsi apparaît l’image de la boucle, qui apparentée à la vidéo Making Circle (2010), nous conduit sur le chemin de l’œuvre depuis sa manifestation sensible jusqu’à son point d’origine. Magali Sanheira nous enjoint à suivre le trajet de ses œuvres afin d’expérimenter leurs différents degrés d’intensité, visuelle et sonore.

    1 « Le métal provoque l’imagination parce qu’il est exigeant, parce qu’avec lui rien ne va de soi.
    La contrepartie positive en est une gymnastique formelle, des superpositions hétérogènes, une conquête de l’espace, une fiction géométrique concrétisée », Extrait de l’article « Ode au métal », Revue d’Architecture Française, N° 394, Novembre 1975

    2 SOURIAU Etienne, L’Instauration philosophique, 1939, F. Alcan, in : Ngô-Tiêng-Hiên, Art et vérité dans l’œuvre d’Etienne Souriau, Revue Philosophique de Louvain, 1971, Volume 69, P.79.



    Making Circle
    Valeria Cetraro, D.E.R.I.V.A
    _ Commissaire d’exposition, galeriste

    Catalogue de l’exposition « The End », Ed. D.E.R.I.V.A

    Magali travaille avec les résonances de la matière, écho de son imaginaire et des lieux qu’elle a traversés. Ses œuvres nous transportent au-delà de l’espace d’exposition vers un ailleurs qui devient présent par sa sonorité. A travers l’urbain et le naturel, elle explore le son des images et les images du son. Avec une sincérité tranchante, elle analyse l’environnement et nous en propose une nouvelle lecture par un langage constitué de symboles et signes essentiels, corpus d’une mythologie en action.

    Lors de la performance Making Circle Magali Sanheira trace l’empreinte visuelle et acoustique de son effort qui se consomme, tour après tour. Le corps en mouvement forme un tout avec l’image du cercle et le bruit du charbon, dans une dimension totalisante, où coexistent plusieurs strates perceptives.

    La monotonie de la répétition incessante du même geste est brisée par les accidents du support, la direction est toujours la même mais change les événements du parcours, et le cheminement n’est jamais exactement identique. Apres la performance, l’action est perpétuée par son enregistrement sonore qui prolonge la répétition du geste à l’infini. La matière du charbon ne disparaît pas me se transforme en poussière de l’effort et débris de sa couleur.

    C’est la boucle existentielle de l’éternel retour avec toute l’absurdité d’une répétition dont nous ne connaissons pas le sens. C’est l’absurdité de l’effort de Sisyphe à chaque fois qu’il transporte la pierre au sommet de la montagne avant qu’elle ne retombe à ses pieds, perpétuellement. Mais comme disait Camus, «il faut imaginer Sisyphe heureux». C’est par l’acceptation consciente de l’inutilité de son geste que Sisyphe acquière sa liberté. Et c’est par cette détermination sans concession que le bruit du déchirement devient le son d’un nouveau départ.

     



    The duality of romanticism
    Yann Ricordel
    _ Critique, Commissaire d’exposition

    Catalogue Treci Beograd (2013), Ed. 3BDG

    As an historical movement involving poetry, thought, music, painting, but also in the common use of the word, « romanticism » is generally caracterized as seeking for harmony. Magali Sanheira’s Fleur bleue et Rose blanche is a strong a subtle image of romanticism duality : the suspended cut flowers (the blue one inspired by Novalis’ unfinished novel Heinrich von Ofterdingen, is a trope pointing the idea of total harmony ; the white one refers to Die Weiße Rose group of young german dissidents opposed to the oppresive, fascist hitlerian regime) represent actual life, an idea of beauty, but won’t last and will perish.

    This simple floral arrengement inspired by the japanese art of ikebana, conveys the same duplicity as of the ukiyô : the ancient buddhic acception of this word is pessimistic, signifying the feeling of sorrow that sometimes causes the disappearance of ephemeral nature. In the Edo era, ukiyô-e becomes the lifestyle of a urban world of pleasures, refined entertainment, soft érotiques : the ephemeral becomes pleasant.

    The lardoir (an instument used to insert bacon in pieces of meat) provokes painful sensations, and awakes the consciousness of our bodies, which are both throbbing with life, but will die and rot someday.
    Magali Sanheira’s piece formally functions like a surrealist object, as « the chance meeting on a dissecting table of an umbrella and a sewing machine » (Comte de Lautréamont) : like Man Ray’s Object to be Destroyed (1932), a metronome with an affixed photography of Lee Miller’s eye, or Marcel Duchamp’s With Secret Noise (1916), a ball of twine in which Walter Ahrensberg placed a secret object, pressed by two brass plates joined by long screws, Fleur bleue et Rose blanche is as simple as its evocative power is strong.

    It can be the starting point of a never ending association of ideas, of intimate rememberings, everlasting daydreaming. It materializes the contradiction between freudian principles of pleasure and reality : one can dream, strongly desire, and desire can be the force that will lead to the realization of a dream, that will make utopia come true. But everyone of us are in our daily lives confronted with the reality principle : we have to deal with the world as it is, to negotiate with established systems, to accept their constraints. Romanticism, as the strongest belief in an idea, in a possible future, is a risk to take : leaping in the void, one might fall… or one might fly.

     



    Saudade…
    Judith Lavagna
    _ Commissaire d’exposition

    D’origine française et portugaise, Magali Sanheira puise dans l’histoire du langage, celle de la littérature et de ses mythes, mais aussi celle de la matière et de ses résonances acoustiques, pour produire des installations où la mise en œuvre du processus sculptural est valorisée par le choix des formes et l’impact de leurs puissances auratiques.
    Riches ou pauvres, elles s’associent et se confrontent dans un déploiement spatial où les «couleurs font vibrer le son encore brut et franc des matériaux».
    L’artiste cherche et manipule les formes au même titre qu’un musicien le fait avec le son : immergée dans la musique bruitiste, mais aussi par l’environnement sonore de notre urbanité concrète, Magali Sanheira compose, structure, rythme des volumes aux tonalités graves et parfois minimales, à la recherche d’une harmonie.
    Car c’est l’ensemble de l’approche et de l’engagement artistique de Magali Sanheira qui vient se matérialiser, par une logique formelle et systémique, dans les replis tortueux du langage et de ses mécanismes psychiques et auditifs.

     



    Déplacer le Vide
    Philippe Saulle
    _ Commissaire d’exposition

    Entre tableau, objet et sculpture, “Déplacer le vide” procède d’emblée d’un formalisme minimal, et pourtant, il y a de l’ambiguïté nostalgique dans ce puzzle si répandu dans les années 70, ce jeu solitaire pour oublier l’ennui… Comme une boucle infinie sans départ ni fin, ne déplaçant plus que le vide.

     




    Frederika Fenollabbate
    _ Ecrivain

    Souterraines et incontrôlables, elles agissent sans qu’on puisse les repérer. D’ailleurs, seuls leurs effets se font sentir. Imprévisibles, ils nous dépassent. Aussi invisible qu’opiniâtre, leur puissance fait bien plus que s’emparer de notre être. Elle le constitue. En amont des perceptions, dont elles déterminent la nature et l’efficacité, en aval de la raison qui nous ne les restitue que morcelées et travesties, aussi coulantes et informelles que l’eau, elles s’infiltrent dans chaque pensée et affect.
    Du moindre battement de paupières à l’acte le plus marquant. De cent milles visages et de corps en perpétuelle mutation, ce sont elles qui te font te retourner toujours sur le même genre de filles, elles qui façonnent cette trajectoire personnelle dont tu te crois maître. Bonnes ou mauvaises, atteignant leur cible de manière plus ou moins détournée.
    Espionnes, elles font les coups en douce, et souvent pour frapper fort. Dans le théâtre de la vie et sur la scène du monde, en coulisses aussi bien que sur le plateau. Elles règnent. Souveraines et irrésistibles. Elles sont dans le cœur le regret éternel de leur implacable disparition. Absence. Brassant tout ce qu’elles trouvent sur leur route, elles travaillent sans relâche.
    Quand nous dormons, ce sont elles qui veillent encore, plus éclatantes et peut-être mieux lisibles que dans l’état de veille où nous faisons tout pour les camoufler. Quand pourtant, éveillés, ce sont elles qui nous le font être, elles nous agissent et nous pensent. Elles ne dorment jamais. Elles sont… la ville suprême qui ne dort jamais.
    Comme elles échappent par nature aux symboles et définitions, ne reste, à celui qui veut en faire l’expérience… qu’à tomber dedans. Nager à l’aveugle dans leur contre-courant. Dépasser leurs cloisonnements, l’anal, l’oral, l’invoquant, le génital et le scopique. Pour atteindre le non-lieu où elles se dissolvent. Dans la source primitive, le creuset sans fond : la pulsion qui n’a pas de nom. Et Magali Sanheira, dans un mélange de tendresse et de défi, lui dit… Je veux jouer avec toi. Puisque tu te joues de moi, jouons ensemble.
    Tenant à la foi du pacte et du défi, deux composantes essentielles du Désir, la règle de l’une devient la règle de l’autre. La source de la pulsion se modélise, se met en boîte…C’est une histoire de mise en boîte. Mise en boîte de la pulsion que je conte quand se laisse couler mon corps s’éparpillant en flux partant de l’œil. L’œil piégé par les dispositifs, —images, photographies aussi bien qu’installations et animations— de Magali Sanheira pour remonter son courant tumultueux, compact, mais pour une rare fois visible.